Celle qui répondait toujours « ça va »… même quand c’est faux
Tu la connais, cette fille.
C’est peut-être ta collègue, celle qui arrive toujours le sourire en place et qui répond « ça va et toi ? » avant même que t’aies fini ta question. C’est peut-être ta meilleure amie, celle qui gère tout, tout le temps, et à qui t’as jamais vraiment eu à demander si elle allait bien, parce qu’elle allait toujours bien. Ou alors, et là ça devient un peu plus inconfortable, c’est toi.
« Ça va » c’est devenu ton truc. Ton réflexe. Applicable dans toutes les situations sans exception : lundi matin, Noël en famille, résultat médical flou, rupture mal digérée. « Ça va » couvre tout. Tu le dit tellement souvent que tu le sors maintenant avant même d’avoir vérifié si c’était vrai.
Si on fait attention, on peut décoder les variantes. Parce qu’il y a plusieurs façons de dire « ça va » quand ça va pas vraiment.
Il y a le « ça va » tout simple, dit en regardant ton téléphone. Celui-là veut dire que tu es fatiguée d’une façon que tu ne saurais pas vraiment expliquer. Pas fatiguée de quelque chose en particulier. Juste fatiguée, globalement. Du genre fatiguée d’avoir beaucoup à gérer et pas grand monde à qui le dire vraiment. Mais bon. « Ça va. »
Il y a le « ça va ça va » avec la répétition — là c’est un signal que tout le monde ignore et que tout le monde comprend quand même. Personne qui va vraiment bien ne dit « ça va » deux fois. C’est le « ça va » qui essaie de se convaincre lui-même. Si tu l’entends, insiste. Juste une question de plus. C’est souvent suffisant pour que quelque chose s’ouvre.
Il y a le « oui oui tout va bien » défensif — celui-là sort quand l’autre a remarqué quelque chose. Un silence un peu trop long, un sourire qui sonnait pas tout à fait juste. Tu n’es pas prête à en parler. Pas parce que tu ne veux pas — parce que tu sais que si tu commences, il va falloir vraiment l’affronter. Alors tu renvoies la balle. « Et toi ? »
Et puis il y a le « mouais ça va », l’accident. Celui que tu n’avais pas prévu de laisser échapper. La vérité qui se glisse avant que la tête ait rattrapé la bouche. C’est le plus honnête de tous. Et celui que tu regrettes le plus, parce qu’après il faut gérer le regard de l’autre qui a tout compris.
Sur les réseaux sociaux, ton « ça va » prend la forme d’un coucher de soleil bien cadré avec une légende sur les petits bonheurs et la gratitude. Ce que tu voulais poster : une photo floue à 23h en pyjama avec écrit « je ne sais pas trop où j’en suis là. » Ce que tu as posté : le coucher de soleil. Douze likes. Trois cœurs. Et tu as répondu « merci » avec un émoji sourire, bien sûr.
Ça va.
Le truc avec toi, c’est que dire « ça va » quand ça ne va pas est devenu tellement naturel qu’on a oublié qu’il y avait une autre option. Pas besoin de tout déballer à la caissière du Monoprix. Pas le monologue de deux heures qui fait fuir les gens. Juste des fois, un « bof, journée compliquée. » Trois mots qui ouvrent une porte sans l’enfoncer. Qui laissent l’autre décider d’entrer ou pas.
Et ce que ça fait c’est inattendu : ça donne la permission à l’autre de répondre vrai aussi. D’un coup vous êtes plus deux personnes qui se croisent. Vous êtes deux personnes qui se parlent vraiment.
C’est rare. C’est un peu bizarre les premières secondes.
Et puis c’est bien.