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Celle qui avait plein de contacts et personne à appeler

Un dimanche après-midi. Pas de plans.

Tu prends ton téléphone, tu fais défiler les contacts. Deux cent voire trois cent noms. Et tu le repose sans appeler personne. Pas parce qu’il n’y a personne. Parce qu’il n’y a pas la bonne personne. Celle à qui tu peux dire juste « je ne fais rien aujourd’hui, toi ? »

C’est ça le paradoxe. On a tous plus de contacts qu’avant. Linkedin, Instagram, les tournages, les collègues de l’ancien job, les gens croisés en voyage qui t’ont dit « on se revoit c’est sûr. » Et pourtant. Parce qu’il y a une différence énorme entre avoir des gens dans sa vie et avoir des gens disponibles dans sa vie. L’amitié adulte ce n’est pas juste l’affection, c’est la disponibilité mutuelle. Et ça, ça se construit dans la durée, dans le quotidien partagé. Exactement ce qu’on perd quand on bouge.

Quand tu pars vivre ailleurs, tu gardes tes amis, mais décalés. Les liens restent, mais ils deviennent ponctuels. On se retrouve intensément quand on se voit, et entre deux on existe dans les nouvelles de l’autre sans vraiment y être. Et quand tu rentres, tu crois que tu retrouves tout ça intact. Mais eux ont continué. Ils ont leurs habitudes, leur cercle qui s’est refermé doucement sans toi dedans. Pas par malveillance. Juste par gravité.

Ce qui est étrange avec l’amitié adulte c’est qu’on n’a pas vraiment le droit de le dire. Si tu dis « je cherche un appart » : normal. « Je cherche un boulot » : normal. « Je cherche des amies », et là il y a un silence. Comme si c’était un aveu de quelque chose. Trop besoin, trop seule, trop… je ne sais pas quoi exactement, mais trop. Alors on y va quand même, aux apéros entre filles, aux événements organisés pour ça. Et c’est à la fois courageux et un peu étrange parce que l’amitié normalement ça ne se force pas, ça se trouve. Sauf qu’à quarante ans dans une ville où tu recommences, attendre que ça se trouve tout seul, c’est un plan un peu optimiste.

Peut-être que la leçon c’est celle-là : l’amitié adulte ça ressemble moins à une évidence et plus à un choix. On choisit de rappeler. De proposer en premier. De rester même quand c’est plus simple de disparaître dans le silence confortable des gens qu’on aime de loin. Et le dimanche sans personne à appeler, ce n’est peut-être pas un échec. C’est juste le moment d’avant. Avant que ça se construise, encore une fois, ailleurs, autrement.

Alors le téléphone reposé sur la table. Le dimanche qui passe. Et peut-être que la semaine prochaine, il y aura un prénom de plus à qui écrire « t’es libre ? »

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