The one who heals herself with lists and lattes.
Je pourrais dire que j’ai une vie intérieure riche, mais la vérité, c’est surtout que j’ai beaucoup, beaucoup trop de choses dans la tête.
Alors, au lieu de faire un burn-out silencieux sur mon canapé, je fais ce que je sais faire de mieux : j’ouvre un carnet, je me fais un latté, et je commence une nouvelle liste.
Il est 8h42, j’ai déjà refait ma vie trois fois dans ma tête, imaginé deux déménagements, trois carrières et une rupture qui n’existe même pas. Mon téléphone clignote, ma boîte mail aussi, et là, je sens monter ce truc que je connais bien : le fameux “je vais perdre le contrôle de ma propre vie”.
C’est généralement le moment où je ferme tout, je prends mon manteau, et je pars chercher un café.
Parce que oui, je ne vais pas toujours chez le psy, mais je vais très souvent chez le barista du coin.
Je m’assois avec mon latté brûlant, je pose mon sac, je sors un stylo, et j’attaque :
Nouvelle page.
Nouvelle liste.
Nouvelle tentative de mettre un peu d’ordre dans le chaos.
Je fais des listes pour tout.
Les choses à faire avant de déménager. Celles qui me stressent.
Les choses que je ne contrôle pas (et que je voudrais quand même contrôler, évidemment).
Celles qui me font du bien.
Parfois même, les choses que je n’oserais dire à personne.
Écrire, c’est ma façon de dire à mon cerveau : “Ok, on a entendu. Maintenant, on va ranger.”
Parce que si je laisse tout tourner là-haut, c’est comme ouvrir trente-quatre onglets sur un vieux PC portable : à un moment, ça chauffe, ça rame, et ça finit par planter.
Alors je liste. Je découpe la panique en petites lignes avec des tirets devant. Bizarrement, ça fait un peu moins peur comme ça.
Et puis il y a le latté.
Le latté, c’est mon doudou socialement acceptable.
Le prétexte pour m’asseoir dans un coin de café, observer les gens, respirer un peu. Et me rappeler que le monde ne va pas s’écrouler dans les dix prochaines minutes, même si mon cerveau en est convaincu.
Quand je pose les mains sur la tasse chaude, j’ai l’impression de signer un mini-contrat avec moi-même : “On se calme. On va faire ce qu’on peut aujourd’hui. Pas plus, pas moins.”
Évidemment, parfois, mes listes se retournent contre moi.
Il y a ces jours où la to-do ressemble à un jugement dernier :
“Tu devrais déjà avoir fait ça, ça, ça et ça.”
Des colonnes entières de choses que je n’ai pas cochées, qui me regardent en mode : “Alors, tu fais quoi de ta vie, concrètement ?”
Il m’a fallu du temps pour comprendre que ma liste n’était pas un tribunal.
Que je pouvais aussi en faire un endroit doux.
Un endroit où je n’écris pas seulement “payer facture, remplir formulaire, répondre à machin”.
Mais aussi :
“Appeler quelqu’un qui me fait du bien.”
“Sortir marcher 10 minutes.”
“Ne rien faire pendant une demi-heure… et l’assumer.”
J’ai commencé à faire des listes d’envies, pas seulement des listes d’obligations.
Des “choses qui me rassurent quand tout part en vrille”.
Des “petites victoires du jour”, même si c’est juste “j’ai pris une vraie douche” And “je n’ai pas mangé tout le paquet de biscuits apéro”.
Et certains jours, la seule chose que je coche, c’est “survivre à aujourd’hui”. Et, honnêtement, c’est déjà beaucoup.
Ce n’est pas une méthode miracle.
Ça ne remplace ni la thérapie, ni le repos, ni les vraies conversations avec les vraies personnes.
Mais entre un cerveau en surcharge et une tasse de café, il y a cet espace minuscule où je peux m’asseoir, écrire, respirer. Et admettre que je suis en train de faire de mon mieux avec ce que j’ai.
Alors oui, je suis celle qui se soigne à coups de listes et de cafés latté.
Celle qui découpe ses peurs en petites lignes noires sur du papier blanc.
Celle qui négocie avec sa journée au fond d’un café, stylo en main, mousse de lait au bord des lèvres.
Et peut-être que toi aussi, quelque part, t’es comme ça.
Que tu te tiens debout avec des carnets, des notes dans ton téléphone, des tickets de caisse gribouillés, et un peu trop de café.
Si c’est le cas, on est au moins deux.
Deux à essayer de survivre à la vie moderne avec des listes, des lattés. Et l’espoir discret que demain, peut-être, il y aura un peu moins de choses à écrire.